« “Je ne suis pas sortie de ma nuit” d’Annie Ernaux : la maladie de la nuit »

 

- Clément Génibrèdes

 

 

 

Introduction

 

         Les symptômes de la maladie d’Alzheimer questionnent la possibilité de mettre en mots ce mal. Comment écrire l’oubli ? Comment rendre compte de l’effacement progressif ou soudain de la mémoire ? Depuis une trentaine d’années, l’évolution exponentielle du nombre de personnes atteintes de cette démence est venue se manifester dans de nouvelles représentations culturelles et littéraires. En 1997, lorsque « Je ne suis pas sortie de ma nuit » paraît, Annie Ernaux est une des premier.e.s écrivain.e.s d’expression française à mettre en mots les effets de la maladie d’Alzheimer. Bien que de nombreux ouvrages sur ce sujet soient parus depuis, celui d’Annie Ernaux se lit comme le témoignage d’une littérature qui se cherche encore dans le récit d’une maladie, à l’époque, moins définie et dont les symptômes demeuraient parfois incertains. Dans cette incertitude, l’autrice apparaît comme la spectatrice impuissante d’une maladie qui n’est pas la sienne : il ne s’agit pas de mettre en mots sa propre déchéance, mais celle d’une autre.

« Je ne suis pas sortie de ma nuit » est un journal tenu par l’écrivaine à partir de décembre 1983 et jusqu’à la mort de sa mère, en avril 1986. Dans ses notes, prises après chaque visite, Annie Ernaux raconte comment sa mère a commencé à perdre la mémoire deux ans après un accident de la route. Ne pouvant plus rester seule, cette dernière s’installe chez sa fille à l’été 1983 avant d’être définitivement admise dans un service gériatrique en février 1984 au sein duquel elle décèdera deux ans plus tard. Quelques années auparavant, l’autrice avait déjà publié un récit racontant l’existence et les conditions de vie de sa mère. Elle définissait ce dernier comme se situant « quelque part entre la littérature, la sociologie et l’histoire » (Ernaux, Une femme, 81), mais, dans « Je ne suis pas sortie de ma nuit », la diariste se concentre sur la fin de vie de sa mère, faisant ainsi le récit d’une lente agonie qu’elle met en parallèle avec sa propre vie et ses souvenirs.

         Le titre est la dernière phrase écrite par la malade dans une lettre adressée à une amie et jamais envoyée. Comment alors comprendre cette nuit de laquelle la mère de l’autrice « ne sort pas » ? En quoi le motif nocturne vient modifier l’expérience que l’écrivaine fait de la maladie de sa mère ? Il s’agira de voir comment la nuit, dans l’écriture ernalienne, vient questionner et mettre à mal la linéarité et l’unité du genre diaristique. Le journal permet à l’autrice d’attribuer à la nuit un sens constamment mouvant. Cependant, malgré ce sens presque insaisissable, la nuit crée une spatialité et une temporalité propre à la maladie dans lesquelles réel et irréel s’entremêlent. Dans des espace-temps hybrides, l’exploration nocturne renouvelle enfin la relation entre la malade et l’écrivaine et vient questionner le statut filial et l’identité de cette dernière.

         Si « Je ne suis pas sortie de ma nuit » constituera le cœur du propos, le journal ernalien sera occasionnellement comparé à Une femme afin de montrer comment la maladie trouve un écho dans la nuit dès le premier récit de l’autrice sur sa mère.

 

 

I. Le journal et les mots de la nuit

 

         Dans la mesure où le journal s’écrit au fil du temps, suivant le déroulé d’événements vécus et retranscrits par l’écrivain.e, il ne s’inscrit dans aucun schéma narratif précis ou anticipé. Dans cette démarche mouvante et incertaine, la phrase faisant office de titre, « Je ne suis pas sortie de ma nuit », parcourt le récit sans s’enfermer dans une symbolique unique et immuable, mais marque, chaque fois qu’elle est retranscrite, un bouleversement chez la malade qui contamine l’écriture.

 

I. 1. « Je ne suis pas sortie de ma nuit » : les étapes de la maladie

 

         L’ancrage du journal dans une chronologie réelle bouscule sa construction et empêche toute anticipation. Dans Le Journal intime – Histoire et anthologie, Philippe Lejeune et Catherine Bogært se demandent si ce dernier peut être considéré comme une œuvre littéraire à part entière :

 

Voir le journal comme une œuvre est une attitude moderne. […] Une œuvre se construit, un journal s’accumule. Une œuvre se planifie, un journal est à la merci du temps. Une œuvre a une fin, seule la mort peut achever le journal (Lejeune et Bogært, 212).

 

Le journal suit ainsi le déroulé des événements qui jalonnent la vie de son auteur.ice. Le récit qui en découle ne correspond à aucun plan préétabli. Réécrire ses notes modifierait la temporalité du journal puisque le temps de l’écriture ne correspondrait plus tout à fait à la date mentionnée. Dans une lettre adressée à Frédéric-Yves Jeannet, l’autrice écrit : « le journal n’est pas pour moi une sorte de brouillon, ni une ressource. Plutôt un document » (Ernaux et Jeannet, L’Écriture comme un couteau, 37). Voir le journal comme un « document » souligne son caractère figé ; n’étant ni un « brouillon », ni une « ressource », il n’est pas considéré, par l’écrivaine, comme le support d’une création en devenir. Il ne peut donc être modifié. Lorsqu’elle décide ainsi de faire publier son manuscrit, Annie Ernaux choisit de ne pas relire ou retravailler ses notes afin de garder une certaine authenticité. Elle précise, dans le prologue écrit dix ans après ce journal de visites :

 

Je les livre [ces notes] telles qu’elles ont été écrites, dans la stupeur et le bouleversement que j’éprouvais alors. Je n’ai rien voulu modifier dans la transcription de ces moments où je me tenais près d’elle (Ernaux, 13).

 

Le journal ernalien se lit comme l’accumulation de notes écrites dans un rapport immédiat au monde et aux événements vécus. Refuser toute modification postérieure à son écriture permet à l’autrice de rendre compte d’une réalité, vécue à un moment donné, lorsque sa mère était encore vivante. C’est un récit toujours écrit dans un présent ou un passé proche qui se donne à lire. Dans le journal ernalien, le motif nocturne n’est pas pensé en amont, il évolue en même temps que la mère de la diariste, suivant le déroulé d’Alzheimer.

         Pourtant, malgré le refus de toute modification et celui d’offrir au journal un schéma narratif précis, la phrase métaphorique « Je ne suis pas sortie de ma nuit. » apparaît à plusieurs reprises dans l’œuvre diaristique ernalienne et rythme la lecture. La mention du mot « nuit » implique un imaginaire qui s’oppose au motif diurne. Genette considère ainsi que la nuit est « beaucoup plus le contraire du jour que le jour n’est le contraire à la nuit » (Genette, 104). Le recours au lexique nocturne dans un sens métaphorique marque, dans le journal, une opposition à un état : celui où la mère n’était pas encore malade. Lorsque l’autrice la retranscrit dans le prologue, cette phrase met en évidence un point de non-retour : « “Je ne suis pas sortie de ma nuit” est la dernière phrase que ma mère a écrite » (Ernaux, 13).  Bien que ces mots soient ceux de la malade, leur retranscription rend compte également de la condition de l’écrivaine. Dans La Nuit, Michaël Fœssel écrit que « les métaphores nocturnes […] remettent en cause ce primat du jour puisqu’elles recourent à l’obscurité pour mieux donner à voir » (Fœssel, 169). En ce sens, la métaphore du titre « donne à voir » la « stupeur » et le « bouleversement » éprouvé.e.s par l’autrice. Plus encore, cette « stupeur » et ce « bouleversement » sont tel.le.s qu’il.elle dépossèdent l’écrivaine de son journal dans la mesure où ce titre est une parole rapportée. Enfin, il.elle dévoilent un rapport d’opposition entre l’accompagnante et la malade : celle qui écrit, écrit sur l’impossibilité définitive pour l’autre d’écrire.

         Cette phrase jalonne ainsi le journal ernalien. Témoignage d’un bouleversement émotionnel pour l’autrice, elle annonce, chaque fois, un bouleversement physique pour la malade, une nouvelle étape dans l’avancée de la maladie d’Alzheimer. Elle apparaît pour la première fois lorsque l’autrice se remémore les quelques mois que sa mère a passé chez elle avant d’être hospitalisée : « Mais la garder avec moi était cesser de vivre. Elle ou moi. Je me rappelle la dernière phrase qu’elle a écrite : “Je ne suis pas sortie de ma nuit” » (Ernaux, 47). Ces mots et cette « nuit » marquent, à ce moment, une séparation définitive avec la mère lorsque sa fille n’a plus été en mesure de la garder chez elle. Ils témoignent également du dilemme de l’autrice : « Elle ou moi ». Plus tard, le samedi 18 mai 1984, alors qu’elle revient d’une visite à l’hôpital au cours de laquelle sa mère, en proie à une nouvelle crise, a refusé de la voir, elle écrit : « Je me souviens de ce moment terrible où elle a commencé de “partir”. Elle tournait sans arrêt dans la maison, comme cherchant quelque chose d’introuvable. […] Et elle écrivait : “Je ne suis pas sortie de ma nuit” » (Ernaux, 68). Le motif nocturne renvoie ici à de nouvelles manifestations de la maladie d’Alzheimer, aux premiers signes. Les verbes de mouvement « partir », « tournait », « cherchant », « sortir » soulignent un éloignement progressif de la mère sombrant de plus en plus dans la démence. La phrase-titre, en plus de marquer une nouvelle étape, sonne pour la diariste comme le rappel d’une disparition à venir.

 

I. 2. « Je ne suis pas sortie de ma nuit » : une écriture de la disparition

 

         Si la retranscription du titre annonce la disparition future de la mère et le deuil qui s’ensuivra, elle marque aussi chaque fois une nouvelle étape dans le récit de la maladie. Le journal ernalien rend ainsi compte de l’effacement de la mémoire dont la progression est rythmée par les derniers mots écrits de la malade. Dans Une femme déjà, l’autrice accordait une importance particulière à cette ultime phrase et liait l’oubli de l’écriture à d’autres oublis : « Sur l’une d’elles [des lettres], en novembre : “Chère Paulette je ne suis pas sortie de ma nuit.” Puis elle a oublié l’ordre et le fonctionnement des choses » (Ernaux, Une femme, 590).  Ces derniers mots s’inscrivent dans une chaîne d’omissions propres à Alzheimer. La juxtaposition des deux propositions dresse une cartographie et une mise en relations des activités cognitives, comme si, en perdant l’usage de l’écriture, la mère perdait aussi certains sens pratiques. L’écrivaine souligne la difficulté, pour la malade, d’interagir avec les objets du quotidien : « Ne plus savoir comment disposer les verres et les assiettes sur une table, éteindre la lumière d’une chambre (elle montait sur une chaise et essayait de dévisser l’ampoule) » (Ernaux, Une femme, 590). La description de ces événements, par l’emploi de propositions infinitives, place la maladie au centre du récit ernalien. Cependant, ce chemin vers la disparition devient un chemin paradoxal vers le Moi de l’écrivaine : avec l’effacement de la voix de la malade dans cette dernière phrase, c’est la sienne qu’Annie Ernaux finit par faire entendre. En effet, le mardi 8 avril 1986, soit le lendemain de la mort de sa mère, la diariste transforme la dernière phrase écrite par la défunte : « Le temps est gris, cette ville nouvelle qu’elle n’a jamais aimée, où elle est morte. Est-ce que je vais sortir de ma douleur ? » (Ernaux, 105). Pour la première fois, le « je » n’est plus celui de la mère, mais celui de l’écrivaine et le motif nocturne se fixe enfin dans une symbolique, celle de la « douleur » du deuil. La dernière référence aux derniers mots de la malade associe ainsi la nuit à la souffrance, propre à la maladie pour la mère, et propre au deuil pour la fille. C’est dans l’expression et la retranscription de ce deuil que le Je ernalien s’approprie cette phrase et s’inscrit dans une filiation, faisant entendre sa voix à travers celle de sa mère.

         « Je ne suis pas sortie de ma nuit » se donne alors à lire comme un journal du deuil et de la disparation irrémédiable. Philippe Lejeune et Catherine Bogært voient dans le deuil une des fonctions du journal intime : « Le deuil peut aussi être à l’origine d’un journal. On prend un cahier pour parler de la personne disparue, parfois même pour s’adresser à elle et la maintenir vivante au bout de sa parole » (Lejeune et Bogært, 198-199). Cependant, dans le journal ernalien, l’expression du deuil ne maintient pas vivante la mère de l’écrivaine. En ce sens, l’autrice écrit à la fin de ses notes, une fois la mort de sa mère survenue, que « la littérature ne peut rien » (Ernaux, 106). La phrase « Je ne suis pas sortie de ma nuit » vient ainsi construire la narration de la maladie et laisse la souffrance du deuil en suspens, l’écriture ne permettant pas à l’autrice de « sortir » de cette « nuit ». À la fois témoins de la séparation, d’un bouleversement intime, de la mort inéluctable et repères dans les différentes étapes de l’Alzheimer, les derniers mots écrits par la mère se donnent à lire comme un mode de découpage du récit. Ils parcourent le journal comme pour accompagner la malade et la fille dans ces épreuves jusqu’à « ce jour qui ne s’est pas levé pour elle [la mère] » (Ernaux, 106). Parce qu’ils n’appartiennent pas à l’autrice et que leur sens ne lui parvient pas tout à fait, ils deviennent un motif obsessionnel qui hantent l’écriture diaristique tel que l’entend Blanchot : « ce qui hante est l’inaccessible dont on ne peut se défaire, ce qu’on ne retrouve pas, et qui, à cause de cela, ne se laisse pas éviter » (Blanchot, 348).  En « ne se laiss[ant] pas éviter », la dernière phrase de la malade offre un cadre à l’écriture diaristique. La « nuit » demeure ainsi une parole « inaccessible » qui éloigne la fille de la mère et de laquelle la malade ne peut « sorti[r] ». Face à cette inaccessibilité, la diariste file le motif nocturne pour se rapprocher d’une mère qui n’est plus celle qu’elle a connue. La nuit devient alors un espace-temps dans lequel l’autrice tente de rejoindre la malade.

 

 

 

 

II. Fuir dans la nuit : l’espace-temps nocturne

 

         Dans le journal ernalien, le traitement du motif nocturne se forge dans une ambivalence : si la phrase-titre enferme la mère dans une nuit métaphorique représentant la maladie, le temps et l’espace ouverts par la nuit deviennent des moyens de fuir cette maladie et la souffrance qu’elle implique. D’abord, le moment nocturne est un temps suspendu, pour l’autrice, au cours duquel des images du passé lui reviennent. Il est aussi propice au rêve dans lequel naît une nouvelle spatialité qui bouscule la condition de la malade et celle de l’accompagnante.

 

II. 1. Nuit présente et nuits passées

 

         Les étapes de l’avancée de la maladie d’Alzheimer qu’annoncent les occurrences de la phrase « Je ne suis pas sortie de ma nuit. » soulignent une linéarité temporelle à laquelle les deux femmes ne peuvent se soustraire. Pourtant, le motif nocturne dévoile des interactions complexes entre le passé et le présent qui, à défaut de venir à bout de cette linéarité, permettent à la diariste de la questionner et de se perdre, avec sa mère, dans différents moments de la vie de chacune. La nuit donne ainsi à lire une notion de la temporalité prise entre linéarité et circularité. Or, le genre diaristique est celui qui s’inscrit par excellence dans une temporalité fixe. Philippe Lejeune et Catherine Bogært définissent ce dernier comme étant soumis à une temporalité linéaire précise :

 

Le journal est une série de traces. Il suppose l'intention de baliser le temps par une suite de repères. Une trace unique aura une fonction différente : non pas accompagner le flux du temps, mais le fixer dans un moment-origine. […] Le journal, lui, s'inscrit dans la durée (Lejeune et Bogært, 26).

 

Le journal ernalien n’échappe pas à cette définition ; il s’inscrit lui aussi dans une « durée », celle de la maladie. Cependant, le motif nocturne vient superposer deux temporalités. Ce sont ainsi les « traces » d’un passé lointain et proche qui se rejoignent :

 

Elle cache ses culottes souillées sous son oreiller. Cette nuit, j’ai pensé à ses culottes pleines de sang qu’elle enfouissait dans le grenier jusqu’au jour de la lessive. J’avais sept ans environ, je les regardais, fascinée. Et maintenant, elles sont pleines de merde (Ernaux, 18).

 

Dans ce passage, la nuit replonge l’écrivaine dans des souvenirs d’enfance. La mention des « culottes souillées » renvoie à un temps où la mère n’était pas encore malade et instaure une circularité, comme si l’écrivaine revivait une scène où sa mère dissimulait ce qu’elle juge honteux. C’est aussi le passage du temps et l’imminence de la mort qui sont mis.e.s en évidence, les traces de matière fécale causées par la dégénérescence du corps ayant désormais remplacé le sang des menstruations. La nuit, les souvenirs qui reviennent à l’autrice questionnent ainsi son rapport au temps et ne s’inscrivent plus tout à fait dans un continuum. C’est par la nuit qu’Annie Ernaux interroge l’expérience faite du temps : « Ma mère était couchée, minuscule, la tête renversée comme les dimanches après-midi de mon enfance (est-ce que je détestais cela ?), les jambes en l’air (idem mon enfance) » (Ernaux, 27). Dans ce passage, la description de la position de la malade renvoie l’autrice à son enfance, c’est-à-dire à une époque où sa mère n’était pas encore malade. Quelques pages plus loin, elle évoque un autre souvenir, lorsqu’elle avait rendu visite à un oncle malade avec sa mère, et son bonheur de voir cette dernière « forte et protectrice contre la maladie et la mort » (Ernaux, 36). La nuit permet à l’autrice de replonger dans un temps où elle n’avait pas à endosser un rôle d’accompagnante et où la vulnérabilité de la mère n’était pas encore perceptible. Paul Ricœur, dans la préface du premier volume de Temps et Récit, considère « les intrigues que nous inventons [comme] le moyen privilégié par lequel nous re-configurons notre expérience temporelle confuse, informée et, à la limite, muette[1] » (Ricœur, 12).  Ainsi, dans le journal ernalien, la nuit convoque des souvenirs récents et anciens pour les « re-configurer » et contrer la confusion induite par la maladie de la mère. Elle permet à la diariste de mettre en mots une expérience temporelle « muette », impossible à formuler auprès d’une malade à qui l’effacement progressif de la mémoire fait perdre toute notion du temps : « Elle ne dit aujourd’hui que des choses folles : […] “Marie-Louise vient me voir souvent”. Marie-Louise, sa sœur, est morte depuis vingt ans » (Ernaux, 45).

         Si la nuit vient ainsi « re-configurer » l’expérience temporelle dans le récit diaristique, c’est parce que les repères de l’écrivaine sont renversés par la maladie. En revoyant sa mère jeune, c’est d’abord elle enfant qu’Annie Ernaux revoit, mais c’est ensuite la mère qui, à travers les mots qu’elle emploie, revient à un état enfantin : « Elle s’est levée ce matin et d’une petite voix : “J’ai fait pipi au lit, ça m’a échappé.” Les mots que je disais quand cela m’arrivait dans mon enfance » (Ernaux, 19).  La diariste se place ainsi en observatrice d’un temps altéré, sa mère devenant l’enfant de sa propre fille : « Tout est renversé, maintenant, elle est ma petite fille. Je ne PEUX pas être sa mère » (Ernaux, 29).  Ces deux phrases antithétiques soulignent une impossible conciliation et le refus pour l’écrivaine d’accepter le renversement temporel. Dans ce retour à l’enfance causé par la maladie, la nuit dévoile un temps propre au sujet malade et qui échappe à toute objectivité. C’est, par exemple, le cas lorsque l’autrice raconte ce moment où sa mère l’interroge un soir à propos de son mariage : « Il était sept heures du soir, elle dormait déjà. Je l’ai réveillée. […] Brusquement, elle me dit : “Alors c’est dans quinze jours le mariage ?” (Or, demain, je vois l’avocat pour demander le divorce) » (Ernaux, 19). La nuit met alors au jour un temps partial, subjectif et qui, comme l’indique Bergson, « pousse quelque chose de ce passé dans ce présent[2] » (Bergson, 12). L’expérience nocturne montre alors que « le temps devient humain dans la mesure où il est articulé de manière narrative » (Ricœur, 17). Ainsi, la narration du temps, par le motif nocturne, entremêle des moments révolus et actuels. La mise en récit de ce dernier ne permet pas de mieux accepter sa linéarité et son passage, mais vient « articuler » son insolubilité.

         Pourtant, si le motif nocturne déploie et interroge une vaste temporalité, s’étendant des premières années de l’écrivaine aux dernières années de la malade, les différents temps de la nuit ouvrent, de manière brève et vaine, des espaces oniriques dans lesquels l’autrice et la mère peuvent s’échapper, créant ainsi une temporalité inédite.

II. 2. L’espace du rêve

 

         De la nuit, émergent des espaces permettant aux deux femmes de fuir la maladie. À la frontière du réel et de l’irréel, la spatialité nocturne bouscule la mère et la fille dans leur identité commune et individuelle. Ainsi, les espaces oniriques ouverts par la nuit dessinent, pour la malade, une échappatoire face à la dégénérescence. À plusieurs reprises, l’autrice retranscrit les rêves qu’elle a faits pendant la nuit ou ceux que sa mère lui a confiés au matin. Par le rêve, cette dernière quitte sa condition de malade. La tradition psychanalytique a souvent caractérisé le rêve comme la tentative de réalisation d’un désir refoulé. Freud voyait, à ce titre, le rêve comme l’expression d’« un désir souvent très choquant, étranger à la vie éveillée du rêveur et qu'il accueille en conséquence avec des dénégations étonnées ou indignées » (Freud, 68). Cependant, si ce dernier attribue au rêve une nature névrotique, les visions oniriques retranscrites par Annie Ernaux viennent davantage rendre compte d’un conditionnement et d’une tentative d’élévation sociale. Ainsi, le rêve se lit comme un espace métaphorique dans lequel la mère n’est plus – ou pas encore – malade, mais il dévoile surtout la cartographie d’un déterminisme particulier. Lorsque celle-ci raconte le rêve qu’elle a fait une nuit précédant la venue de sa fille, c’est avant tout une place sociale qui est interrogée : « “J’ai rêvé de Victor Hugo, il était venu faire une visite dans le village. Il s’est arrêté pour me parler.” Elle rit en se souvenant de son rêve. Choisie par le grand poète, élue, comme c’est bien elle » (Ernaux, 30).  Depuis la parution de La Place, la question du milieu social est au centre de l’écriture ernalienne. Quand l’autrice écrit sur la mort de son père, petit commerçant normand ayant tenue un café-épicerie toute sa vie, c’est la réalité de sa condition qu’elle cherche à décrire : « écrire au sujet de mon père, sa vie, et cette distance venue à l’adolescence entre lui et moi. Une distance de classe » (Ernaux, La Place, 23). Dans le rêve sur Victor Hugo, c’est la « place » de sa mère qui est abordée : elle se situe dans un village – le sien sans doute – et, par cette conversation avec « le grand poète », même s’il est l’unique locuteur, elle s’extrait de l’anonymat de son milieu, devenant une « élue ». L’activité nocturne qu’est le rêve engendre ainsi un déplacement, certes spatial, mais également identitaire. Elle permet de fuir la maladie et l’anonymat du milieu social. Si le rêve traduit alors un « désir refoulé », c’est celui d’un reclassement, que Pierre Bourdieu définit comme une stratégie des individus visant à « améliorer leur position dans l’espace social » (Bourdieu, 2). Or, le désir d’échapper à son milieu pouvait déjà se lire quelques années plus tôt lorsque l’autrice décrivait le fonctionnement du couple formé par ses parents : « Fière d’être ouvrière, mais pas au point de le rester pour toujours […] elle était la volonté sociale du couple » (Ernaux, Une femme, 567).  Malgré cette « volonté sociale », l’écrivaine explique, quelques pages plus loin, que de tels espoirs ne se réaliseront pas, la mère demeurant cantonnée à une certaine place tandis que sa fille partira suivre des études de lettres à Rouen : « elle servait des pommes de terre et du lait du matin au soir pour que je sois assise dans un amphi à écouter parler de Platon » (Ernaux, Une femme, 579). La nuit, dans le journal ernalien, dessine alors un espace dans lequel la mère échappe à deux conditions ; celle induite par la maladie et celle imposée par son milieu. Cet espace demeure illusoire, mais il offre un sursis dans la dégénérescence et efface le déterminisme subi par cette femme « née dans un milieu dominé, dont elle a voulu sortir » (Ernaux, Une femme, 596). 

         Les rêves retranscrits par la diariste dévoilent ainsi des espaces qui bouleversent l’expérience de la malade, mais également celle de l’accompagnante. La nuit offre à l’écrivaine une autre réalité : « J’ai rêvé de cette maison de Cergy, devenue domaine public (très fréquent). Une femme de ménage traversait le jardin, en imper (double de ma mère ?). Celle-ci apparaissait et je lui disais : “Arrête d’être folle !” » (Ernaux, 50). Le cadre spatial est ici plus flou, tout comme l’identification de la mère à travers cette femme de ménage, le point d’interrogation témoignant de la difficulté qu’a la diariste à interpréter cette vision. Cependant, un lieu familier est évoqué – Annie Ernaux vit à Cergy – et c’est par la nuit qu’elle peut enfin exprimer sa douleur auprès de la malade. Le rêve crée alors une réalité parallèle dont le caractère trompeur n’échappe néanmoins pas tout à fait à l’autrice. En effet, dans le prologue, écrit dix ans après la mort de sa mère, l’autrice écrit :

 

Souvent, je rêve d’elle, telle qu’elle était avant sa maladie. Elle est vivante mais elle a été morte. Quand je me réveille, pendant une minute, je suis sûre qu’elle vit réellement sous cette double forme, morte et vivante à la fois, comme ces personnages de la mythologie grecque qui ont franchi deux fois le fleuve des morts (Ernaux, 14).

 

Les frontières temporelles sont ici bouleversées, la mère étant « morte et vivante à la fois », mais c’est la référence à l’espace mythologique, le Styx, qui transforme cette femme, disparue depuis déjà plusieurs années, en un double fictionnel. Le rêve offre alors une plasticité spatiale et temporelle à l’identité de la défunte. À ce sujet, Claire Marin écrit : « Plutôt qu’un vide ontologique, c’est une multiplicité de possibles qui rejaillirait dans la disparition d’une identité. La maladie révélerait alors la plasticité fondamentale et souvent inaperçue du sujet et la coexistence latente de différentes identités possibles » (Marin, 17). La nuit est donc le lieu de l’évasion, tant pour l’écrivaine que pour sa mère. Elle est aussi celui dans lequel se déploient une multitude d’identités, fictives ou réelles, qui, certes, n’annulent pas l’issue de la maladie, mais viennent mettre à mal le récit que l’on en fait et la linéarité de la déchéance. Ce sont alors l’identité de la malade et de l’accompagnante qui s’entremêlent. À la fin d’Une femme, l’écrivaine évoque ainsi les rêves faits régulièrement l’année suivant la mort de sa mère :

        

Pendant les dix mois où j’ai écrit, je rêvais d’elle presque toutes les nuits. Une fois, j’étais couchée au milieu d’une rivière, entre deux eaux. De mon ventre, de mon sexe à nouveau lisse comme celui d’une petite fille partaient des plantes en filaments, qui flottaient, molles. Ce n’était pas seulement mon sexe, c’était aussi celui de ma mère (Ernaux, 596).

 

La nuit installe un rituel au cours duquel l’autrice retrouve chaque fois sa mère. La rivière au bord de laquelle elle se situe renvoie au « fleuve des morts » évoqué dans le journal, l’eau devenant ce qui lie les deux femmes, l’une morte, l’autre vivante. Le motif nocturne propose une échappée onirique dans laquelle la séparation n’a pas eu lieu. Les « plantes en filament » partant du sexe « à nouveau lisse » placent la diariste dans un état enfantin et dressent, dans le même temps, les ramifications d’une filiation où mère et fille ne font plus qu’une. L’espace nocturne, par le rêve, tisse ainsi des liens entre l’autrice et la malade que la mort de cette dernière ne peut ébranler.

 

 

III. Nuit et filiation

 

         Les liens qui se créent entre les deux femmes grâce à la nuit viennent questionner la relation qui les unit et la nature de leur filiation. En voyant sa mère sombrer peu à peu dans la démence et se rapprocher d’une mort certaine, c’est elle-même qu’Annie Ernaux voit et son statut de fille qu’elle interroge. L’omniprésence de la nuit restreint la distinction entre la malade et l’accompagnante.

        

III. 1. L’union de la nuit

 

         L’écriture diaristique fait résonner le motif nocturne comme un memento mori : avec la mort de sa mère, c’est sa propre fin que l’écrivaine envisage et dans laquelle elle se projette. Lors d’une nuit agitée, cette dernière écrit : « Elle [sa mère] était couchée, inerte. Ses yeux avaient rapetissé, ils étaient bordés de rouge. Je l’ai déshabillée pour la changer. Son corps est blanc et mou. […] Et c’est aussi mon corps que je vois » (Ernaux, 20).  La nuit, la déchéance de la mère préfigure ainsi celle de l’autrice. C’est dans les manifestations corporelles que l’autrice envisage sa mort, cette dernière voyant son corps à travers celui de sa mère. Quelques lignes plus loin, la nuit vient rappeler des événements et associe des images, en apparence sans lien, mais qui placent au même niveau la maladie de sa mère, la mort d’une chatte de son adolescence et son avortement : « Pensé à la chatte qui est morte quand j’avais quinze ans, elle avait uriné sur mon oreiller avant de mourir. Et au sang, aux humeurs que j’avais perdus avant d’avorter, il y a vingt ans » (Ernaux, 21). De la même manière que la nuit bouscule la chronologie temporelle, elle vient désormais bouleverser la hiérarchie des souffrances vécues. La maladie et la mort prochaine de la mère se placent, certes, au sommet de cette hiérarchie, mais, par cette évocation nocturne, elles créent une chaîne des douleurs présentes et passées, les symptômes d’Alzheimer se mêlant à la mort d’une chatte de l’enfance et à l’avortement de l’autrice vingt ans plus tôt. La voix ernalienne écrit ainsi la peine dans des chemins détournés et se fond dans la déchéance de sa mère.

         La nuit permet alors une introspection pour la diariste. Dans le chapitre « Narration », du Dictionnaire littéraire de la nuit, Victoire Feuillebois analyse l’exploration nocturne dans l’œuvre de Gérard de Nerval qui « prend dans le texte une forme plus introspective, où l’errance physique n’est qu’une forme, ou peut-être un symptôme, du désordre mental, de la perte de ses propres repères » (Feuillebois, dir. Montendon, 835). Dans l’écriture ernalienne, l’exploration nocturne est permise grâce à la relation entre l’écrivaine et sa mère ; c’est parce que la mère d’Annie Ernaux est dans cette « errance physique », ce « désordre temporel », qu’une introspection chez sa fille peut avoir lieu : « Il n’y avait pas de réelle distance entre nous. De l’identification » (Ernaux, 37). L’identification est telle qu’elle devient aliénante : « et je sens en moi menacer la dégradation de son corps, ses rides sur les jambes, son cou froissé dévoilé par la coupe des cheveux qu’on vient de lui faire » (Ernaux, 37).  L’opposition entre la première et la troisième personnes souligne ici l’influence de la maladie et de la malade sur l’identité de l’accompagnante. Dans la Phénoménologie de la perception, Merleau-Ponty indique que la nuit imprègne le sujet, allant jusqu’à brouiller la perception qu’il a du monde et de lui-même : « La nuit n’est pas un objet devant moi, elle m’enveloppe, elle pénètre mes souvenirs, elle efface presque mon identité personnelle » (Merleau-Ponty, 328).  L’idée d’« objet » s’entend ici par ce que la tradition philosophique a défini comme tout ce qui est en dehors du sujet et peut donc être pensé, perçu ou éprouvé. Ne se situant pas « devant [s]oi », la nuit est ce qui pénètre la conscience et se fond en elle. Dans l’écriture ernalienne, elle aliène la diariste dans la mesure où celle-ci se perd dans l’identité de sa mère et se projette dans sa propre mort. Plus encore, elle dévoile une double impuissance face à une « menace » ; d’une part, celle de ne pouvoir ralentir l’évolution de la maladie et, d’autre part, celle de ne pouvoir, à son tour, se soustraire à une déchéance future.

         Dans une démarche introspective, la nuit investit l’expérience personnelle de l’autrice et lui permet de questionner son rôle d’enfant et d’accompagnante. C’est alors un sentiment d’impuissance qui se donne à lire. Lorsque la diariste repense en effet au moment où elle n’a plus été en mesure de garder la malade chez elle, se retrouve le leitmotiv du titre mentionné plus haut, mais il dévoile cette fois un regret de l’écrivaine, celui d’avoir abandonné sa mère : « Elle avait commencé de perdre ses facultés dès 82, avant de venir chez moi. Mais je ne l’ai pas assez secourue, elle a traversé “sa nuit” seule » (Ernaux, 77).  La nuit est désormais associée à la culpabilité de l’écrivaine. Elle est apparentée à l’aveu d’un échec dans son rôle d’accompagnante et, bien que celle-ci se perde dans la nuit avec sa mère, elle rappelle la solitude de la malade dans cette épreuve et face à la mort.

 

III. 2. La séparation du matin

 

         Face à l’aliénation engendrée par la nuit, le matin vient dissocier l’écrivaine de la figure maternelle et achève toute projection. La mort est ce qui lève enfin la culpabilité et qui sépare les deux femmes avec « Ce jour qui ne s’est pas levé pour elle » (Ernaux, 102). Le matin s’oppose à la nuit en ce qu’il permet à l’écrivaine de ne plus voir sa propre mort dans celle à venir de sa mère : « Au réveil, je “sais” que ma mère est morte. Tous les matins je sors de sa mort » (Ernaux, 113). Il place ainsi l’autrice dans un processus de deuil au sein duquel cette dernière peine encore à accepter l’issue de la maladie. Cependant, contrairement à la mère qui s’enfermait dans une nuit de laquelle elle ne sortait pas, le matin est ce qui permet à l’écrivaine de « sor[tir] de sa mort ». Il la situe dans un temps à nouveau linéaire et inscrit la défunte dans un passé révolu. À ce titre, la dernière note de l’autrice est datée du lundi 28 avril 1986, soit trois semaines après le décès de sa mère : « Me souvenir ce matin, à partir d’un mot lu dans une facture, “les eaux vannes”, que je l’appelais Vanné, quand j’avais six, sept ans » (Ernaux, 116). Si la diariste évoque une nouvelle fois l’enfance, elle souligne désormais en quoi il ne s’agit que d’un souvenir qui n’a plus d’influence sur le présent. En opposition à la nuit qui plaçait l’autrice dans un bouleversement temporel et identitaire, le matin installe une distance entre les deux femmes et, par l’évocation d’un souvenir et l’emploi d’un surnom affectueux, « Vanné », il rétablit une distinction entre la mère et la fille, permettant enfin au deuil de commencer.

         Le matin invite la diariste à envisager la séparation. Il transforme le journal en ce que Julie Valéro appelle un « défi » : « La tentation autobiographique se transforme ainsi en défi ; défi qui a partie liée avec la mort puisque la réalisation et la réussite d’un tel texte [le journal] sont envisageables, à plusieurs reprises, comme une fin de soi-même » (Valéro, dir. Sarrazac et Naugrette, 240). Cependant, dans la mesure où le journal ernalien ne se termine pas par la mort de la diariste, mais par celle de la malade, la « fin » qui est envisagée est davantage celle d’une autre, en l’occurrence la mère. Le « défi » est alors d’accepter cette mort et, contrairement à la mère, de « sortir » enfin de la nuit.

 

 

Conclusion

 

         Dans « Je ne suis pas sortie de ma nuit », la nuit est intrinsèquement liée à l’évolution de la maladie. Elle est un motif à travers lequel l’écrivaine observe la déchéance de sa mère et questionne sa place en tant qu’enfant et désormais accompagnante. La phrase servant de titre revient à plusieurs reprises, marquant les étapes de l’avancée d’Alzheimer et accentuant la séparation entre les deux femmes. La nuit est alors ce qui hante le récit. Elle ne permet aucune rédemption, ne propose aucun rempart contre l’oubli, mais brouille les frontières spatiales et temporelles, tant pour la malade que pour l’autrice. Dans ce bouleversement, la nuit entremêle l’identité de l’écrivaine à celle de sa mère. Si la maladie, associée au motif nocturne, est alors synonyme d’aliénation, le jour permet d’envisager une séparation définitive avec la défunte. En ce sens, « sortir de sa nuit » revient, pour Annie Ernaux, à sortir de la torpeur d’Alzheimer, à fixer des souvenirs dans le journal tandis que ceux de la malade lui échappent et à appréhender le monde de manière nouvelle. Ainsi, « Je ne suis pas sortie de ma nuit » n’est pas un journal de deuil dans lequel l’autrice consignerait les différentes étapes qui le compose. Il est plutôt ce qui ouvre au deuil et lui permet enfin de commencer.

 

 

 

[1] Pour Ricœur, les écrits fictionnels, mais aussi autobiographiques, se rangent du côté des « intrigues » dans la mesure où il est question, dans les deux cas, d’inscrire le temps dans un récit, d’en proposer une narration.

[2]Le concept de « durée », développé par Bergson, n’extrait pas pour autant le temps et le rapport que nous avons avec lui de toute linéarité. Cependant, l’auteur montre en quoi le passé, le présent et le futur ne peuvent se penser comme trois entités distinctes et hermétiques.

 

 

 

 

 

Bibliographie :

  • Bergson, Henri. Évolution créatrice. Paris, : PUF, 1959 [1907].

  • Blanchot, Maurice. L’Espace littéraire. Paris : Gallimard, 2002 [1955].

  • Bourdieu, Pierre. « Classement, déclassement, reclassement. » Actes de la recherche en sciences sociales. Vol 24, 1978.

  • Ernaux, Annie. « Je ne suis pas sortie de ma nuit. » Paris : Gallimard, 1997.

  • Ernaux, Annie. et Frédéric-Yves Jeannet. L’Écriture comme un couteau. Paris : Gallimard, 2003.

  • Ernaux, Annie. La Place. Paris : Gallimard, 1983.

  • Ernaux, Annie. Une femme. Dans Écrire la vie. Paris : Gallimard, 2011.

  • Feuillebois, Victoire. « Narration. » Le Dictionnaire littéraire de la nuit, Volume 2. Dir. Alain Montendon. Paris : Honoré Champion, 2013.

  • Fœssel, Michaël. La Nuit. Paris : Éditions Autrement, 2017.

  • Freud, Sigmund. Ma vie et la psychanalyse. Paris : Gallimard, 1928.

  • Genette, Gérard. Figures II. Paris : Seuil, 1969.

  • Lejeune, Philippe. & Bogært, Catherine. Le Journal intime, Histoire et anthologie. Paris : Textuel, 2006.

  • Marin, Claire. La Maladie, catastrophe intime. Paris : Presses Universitaires de France, 2016.

  • Merleau-Ponty, Maurice. Phénoménologie de la perception. Paris : Gallimard, 1945.

  • Ricœur, Paul. Temps et récit I : L’Intrigue et le récit historique. Paris : Seuil, 1983.

  • Valéro, Julie. « Diarisme et écriture dramatique : du journal à l'espace autobiographique ». Jean-Luc Lagarce dans le mouvement dramatique IV– Colloque année (…) Lagarce. Dir. Sarrazac, Jean Pierre et Catherine Naugrette. Besançon : Les Solitaires Intempestifs, 2008.

 

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À propos du/de la rédacteur.ice :

 

Clément Génibrèdes est co-rédacteur en chef de la revue en ligne Écriture de soi-R. Ses principaux thèmes de recherche s’articulent autour des autofictions romanesques et théâtrales, des récits queer et des écritures auto-sociobiographiques.